Historique

résidence2013Cette magnifique demeure construite en 1958 et campée sur un terrain de près de quarante mille pieds carrés, a tous les atouts de ces joyaux architecturaux modernes. Construite en harmonie avec son environnement, cette maison positionnée face au sud, permet un ensoleillement maximal des pièces à chaque instant de la journée été comme hiver. De plus, sa proximité avec le champ de maïs accentue sa grande linéarité et donne l’impression de ne faire qu’un avec son milieu.

Nous avons acquis la maison de madame Isabelle Hébert, amie d’enfance d’Élisabeth Lamy, fille du premier propriétaire, qui nous ont toutes deux faits cadeaux d’une partie de leur histoire:


« L’histoire commence à Inzing, dans le Tyrol de l’Autriche. Thérèsia alors 18 ans, quitte l’Autriche pour aller travailler chez la famille impériale les Habsbourg, descendant de l’impératrice Sissi. Les Habsbourg fuient alors la guerre en compagnie de Thérèsia, pour trouver refuge au Québec. À la fin du conflit mondial, les Habsbourg rentre en Europe et offre à Thérèsia d’aller aider la famille Von Trapp au Vermont. Thérèsia y est très appréciée et pratiquement adopté par la Baronne.

Parallèlement, au Québec, quelques jeunes hommes nostalgiques de leurs années chez les scouts, dont Pierre Lamy et Jacques Hébert, décident de se rendre à pied à Stowe au Vermont pour aller à la rencontre de la famille chantante dont on entendait beaucoup parler à l’époque. Ils avaient eux aussi fuit la guerre, traversés à pied l’Autriche par les alpes, passés par la Suisse et l’Italie avant de s’installer aux Etats-Unis. L’accueil fut très chaleureux et ils restèrent quelque temps pour aider la famille Von Trapp à construire ce qui est devenu le Trapp Family lodge. Durant leur séjour, Pierre Lamy s’amourache de Thérèsia et ils se marient en grande pompe au Trapp Family Lodge où la famille Trapp chante pour la cérémonie. Pierre Lamy s’occupe alors de l’organisation des concerts de la famille Trapp aux Etats-Unis. Plus tard, ils quittent le Vermont pour venir s’installer près du Richelieu.

Quelques années passent et un groupe de jeunes hommes composé cette fois de Pierre Lamy, de Jacques Hébert, de quelques jeunes architectes dont Longpré et Marchand, décide d’acheter le lopin de terre qui deviendra le domaine Pré-Vert, nommé en l’honneur du poète. Pierre Lamy et Thérèsia y feront construire leur maison selon les plans d’un architecte californien en 1958. »

Cette maison fait partie de la première coopérative d’habitation qui a été créé au Québec dans les années 50. Ces maisons avaient été pensées avec en tête, l’idée d’être peu coûteuses à bâtir et de façon à procurer aux jeunes familles de grands terrains ouverts et inégaux qui permettraient aux enfants de circuler en toute liberté d’un terrain à l’autre.

On y retrouve encore aujourd’hui peu ou pas de clôture qui divise les espaces, une piscine commune et quelques parcs. Les architectes Longpré, Marchand et Goudreau ont dessiné les premières maisons construites sur cette coopérative. La nôtre, construite selon les plans d’un architecte californien dont on ignore toujours le nom, avait gagné un prix d’architecture à l’époque. (Voir un reportage sur ces maisons dans le Canadian Homes and Gardens –octobre 1957)

Ces maisons modernes, conçues pour privilégier un style de vie actif en accord avec la nature sont facilement reconnaissables. Toit plat ou toiture papillon, grande fenestration, jeu de volume simple pour créer à certains endroits des espaces plus intimes et à d’autres, des espaces plus ouverts pour laisser une grande place à la nature, fondation très près du sol etc. Ce sont toutes des caractéristiques propres au style architectural moderne. Pour en apprendre plus sur l’architecture moderne, consultez cette page pour en savoir plus:

Malgré sa beauté et son élégance, cette demeure est dans un état qui ne nous permet de conserver ni son ossature, ni sa toiture. À notre grand désarroi. Quelques tests sont alors effectués, et les résultats sont très peu encourageants. Nous devons rénover de façon majeure, mais nous le ferons sur les fondations originales, croyions-nous.

Il nous a fallu tout près de 2 ans pour repenser l’espace. Esquisses, dessins, maquette, étude de la lumière et du terrain. Le défi principal étant de conserver l’essence de l’habitation tout en la reconstruisant « à neuf ». Vers la fin de notre processus créatif, nous avons fait appel à la firme d’architecte Nature Humaine pour uniformiser les détails.

Tout le plaisir et l’enjeu de ce projet de ce projet fut de travailler dans le respect du langage architectural d’origine de la maison de style californien. Au cours de la conception, le challenge fut par exemple de conserver la trame modulaire des fenêtres, témoignage de la standardisation de l’époque. L’étroite collaboration avec les clients lors du processus a conduit à repenser l’organisation interne de la maison tout en améliorant ses performances énergétiques. Réaffirmant la sobriété monochrome des lignes de la maison, l’intervention aspire à entrer en harmonie avec l’esprit du lieu.
Stéphane Rasselet , architecte principal, MOAQ

Pour voir cette maison dans son état quasi original, voyez le film Maman est chez le coiffeur (2008), Réalisation Léa Pool – Scénario Isabelle Hébert.